Kinshasa, 8 janvier 2026 — La Banque centrale du Congo (BCC) entame l’année 2026 sur une note de confiance rarement observée au cours de la dernière décennie. À l’issue de la réunion ordinaire de son Comité de politique monétaire (CPM), tenue ce jeudi à Kinshasa sous la présidence du gouverneur André Wameso, l’institut d’émission a décidé d’abaisser son taux directeur de 17,5 % à 15 %, soit une baisse de 250 points de base. Il s’agit de la deuxième réduction en l’espace de trois mois, après celle opérée en octobre 2025, lorsque ce taux avait été ramené de 25 % à 17,5 %.
Cette décision marque l’entrée assumée de la politique monétaire congolaise dans une phase d’assouplissement maîtrisé, rendue possible par une amélioration spectaculaire des fondamentaux macroéconomiques. L’objectif est clair : soutenir le crédit, stimuler l’investissement et accompagner durablement la croissance, tout en préservant la stabilité financière et monétaire.
Des indicateurs macroéconomiques en nette amélioration
La décision du CPM s’appuie sur des résultats macroéconomiques jugés « rassurants ». À fin décembre 2025, le taux d’inflation s’est établi à 2,27 %, contre 11,69 % un an plus tôt. Il s’agit d’un niveau historiquement bas, largement inférieur à l’objectif de moyen terme fixé à 7 %, traduisant une maîtrise effective des tensions inflationnistes.
Sur le front du change, le franc congolais a enregistré une appréciation remarquable, de 30,44 % sur le marché interbancaire et de 24,09 % sur le marché parallèle sur l’ensemble de l’année 2025. Cette performance s’est accompagnée d’un renforcement significatif des réserves internationales, portées à 7,89 milliards de dollars, correspondant à environ trois mois d’importations de biens et services.

Un assouplissement prudent et calibré
Dans ce contexte favorable, la BCC a procédé à un ajustement ciblé de ses instruments de politique monétaire. Outre la baisse du taux directeur à 15 %, le taux des facilités de prêt marginales a été ramené de 21,5 % à 19 %. En revanche, les coefficients de réserve obligatoire ont été maintenus à leurs niveaux actuels, traduisant une prudence revendiquée.
Ainsi, les réserves obligatoires restent fixées à 10,5 % pour les dépôts à vue en monnaie nationale et 0 % pour les dépôts à terme, tandis que pour les dépôts en devises, elles demeurent à 11,5 % pour les dépôts à vue et 10,5 % pour les dépôts à terme. Ce choix stratégique vise à éviter toute création excessive de liquidités susceptible de raviver les pressions inflationnistes, tout en rendant progressivement le coût de l’argent moins contraignant pour l’économie.
Un signal fort pour les entreprises et les ménages
Instrument central de la politique monétaire, le taux directeur constitue la référence du refinancement des banques commerciales. En le réduisant à deux reprises en trois mois, la BCC envoie un signal clair aux opérateurs économiques : l’inflation est sous contrôle, la stabilité macroéconomique est consolidée et les conditions sont réunies pour relancer plus activement l’économie réelle.
Concrètement, cette orientation devrait se traduire par des conditions de crédit plus favorables pour les entreprises, facilitant le financement de l’investissement productif, et par un meilleur accès des ménages aux crédits destinés au logement, au commerce ou à la consommation. À terme, cette dynamique est appelée à soutenir la création d’emplois, renforcer la circulation de la liquidité et stimuler la croissance inclusive.

Une croissance robuste dans un environnement externe stabilisé
Sur le plan de l’activité, la BCC indique que le PIB réel a progressé de 5,6 % en 2025, après 6,7 % en 2024. Ce léger ralentissement est interprété comme une phase de normalisation après une période de rattrapage post-crise, tout en restant à un niveau élevé et supérieur à la moyenne régionale. La croissance demeure portée par la branche extractive, notamment le cuivre et le cobalt, ainsi que par la résilience des activités hors mines.
À l’international, la Banque centrale relève un environnement économique mondial plus stable que prévu, malgré les tensions géopolitiques persistantes. La décélération de l’inflation mondiale et la normalisation progressive des chaînes d’approvisionnement ont contribué à améliorer les perspectives pour les économies émergentes, dont la RDC.
2026 : stabilité, crédibilité et souveraineté monétaire
Pour l’année 2026, la BCC anticipe une inflation durablement contenue et une croissance soutenue par l’évolution favorable des cours des matières premières stratégiques. Elle entend toutefois maintenir une vigilance accrue face aux risques internes et externes.
La stabilité du taux de change, la dédollarisation progressive de l’économie, la digitalisation des paiements, le renforcement de la supervision bancaire et la consolidation de la crédibilité monétaire figurent parmi les axes structurants de son action. Dans ce pilotage fin de l’économie, la Banque centrale affirme sa volonté de faire de la stabilité macroéconomique un levier central du développement.
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